Bienvenue dans ce module sur l’obésité où nous aborderons son impact, les facteurs de risques, les complications associées. Nous verrons également l’organisation de la prise en charge de l’obésité et comment vous pouvez contribuer à cette prise en charge
En 2022, l’obésité concernait 890 millions(1) de personnes à l’échelle mondiale, soit 43% de la population adulte(1).
L’obésité est la cinquième cause de mortalité selon l’OMS(3).
De plus son impact sur l’espérance de vie est significatif : en moyenne, une personne en situation d’obésité sévère voit son espérance de vie réduite de10 ans(4) par rapport à une personne en bonne santé.
La revue The Lancet prévoit que d’ici 2050, 6 adultes sur 10(7) seront en situation d’obésité.
En France, l’obésité concerne 1 adulte sur 5(2) soit 10 millions d’adultes en 2024(5), un chiffre en augmentation ces dernières années.
Des inégalités de répartitions géographiques importantes sont observées : les territoires d’Outre-Mer(6) ainsi que le Nord de la France sont particulièrement concernés. L’OMS avance également le chiffre de 25 à 29 % d’adultes en situation d’obésité en France d’ici 2030(8).
Pour mieux comprendre ces chiffres revenons sur la définition de l’obésité.
SOURCES :
- OMS. Principaux repères sur l’obésité et le surpoids.
- OFÉO,2024,Présentation des résultats de l‘ObservatoireFrançais d'Épidémiologie de l'Obésité, Dossier de presse Ligue nationale contre l’obésité
- Sénat. Surpoids et obésité, l'autre pandémie. Rapport d'information n° 744 (2021-2022)
- Global, regional, and national prevalence of adult overweight and obesity, mars2025, with forecasts to 2050_The Lancet
- Obésité.un enjeu de santé publique.Sante-pratique-paris
L’obésité est une maladie chronique et complexe définie par une accumulation anormale ou excessive de masse grasse qui peut nuire à la santé.
Selon l’OMS, un adulte est considéré en surpoids dès que son IMC atteint 25 jusqu’à 29,9, et en situation d’obésité à partir de 30.
Pour établir un diagnostic, l’indice de masse corporelle (IMC) reste la référence.
Toutefois, cet indicateur présente des limites, par exemple, un sportif de haut niveau peut afficher un IMC élevé dû à sa masse musculaire élevée. Il est important de le compléter par d’autres indicateurs comme :
Le tour de taille qui estime l’adiposité viscérale.
La composition corporelle qui permet une meilleure estimation de la répartition de la masse grasse et de la masse maigre.
SOURCES:
1.OMS. Principaux repères sur l’obésité et le surpoids
6.HAS. Guide du parcours de soins surpoids et obésité chez l’adulte page.22
7.P. Barbe. Les méthodes d’études de la compositions corporelles. Act. Méd. Int. Métabolismes Hormones.
Pendant très longtemps, le regard sur l’obésité a été réduit à un déséquilibre entre les apports alimentaires et la dépense énergétique, mais en réalité, l’obésité est une maladie complexe et multifactorielle dont la survenue est influencée par plusieurs facteurs.
Le risque de développer une obésité augmente avec l’âge.
Il existe aussi des facteurs de risque héréditaires :
-Les facteurs de prédispositions génétiques : actuellement, 22 gènes de prédispositions ont été décelés.
-Les antécédents familiaux : : le risque d'obésité est environ deux fois plus élevé chez un individu présentant des cas dans sa famille.
Des maladies peuvent provoquer des déséquilibres hormonaux, comme l’hypothyroïdie, qui ralentit le métabolisme et favorise une prise de poids.
Plusieurs médicaments sont identifiés comme favorisant la prise de poids, par exemple : les antidépresseurs, les corticoïdes, ainsi que certains traitements pour le diabète comme l’insuline. Certains troubles psychologiques sont des facteurs de risque identifiés comme la dépression.
Au-delà de ces facteurs, on observe des inégalités socio-démographiques impactant la santé : l’obésité touche davantage les populations aux revenus les plus modestes.
SOURCES :
1.OMS. Principaux repères sur l’obésité et le surpoids
2.OFÉO,2024,Présentation des résultats de l‘Observatoire Français d'Épidémiologie de l'Obésité, Dossier de presse Ligue nationale contre l’obésité
8.Brigitte BOUT, l’organisation de la recherche et ses perspectives en matière de prévention et traitement de l’obésité
9.Etude Obépi-Roche - © Observatoire des inégalités
10.ARS Hauts-de-France renforce son engagement pour lutter contre le surpoids et l’obésité 2024_ Agence régionale de santé Hauts-de-France
11.Portmann,Luc, et Giusti Vittorio 2007 Obésité et hypothyroïdie _ mythe ou réalité
12.S.CHABROUX.réalités en nutrition et en diabétologie.25mars2010
L'obésité est également une maladie chronique et récidivante avec des altérations fonctionnelles au niveau du tissu adipeux.La première phase de l’obésité est une phase de constitution. Au cours de laquelle la prise de poids entraîne un stockage excessif sous forme de masse grasse. On parle d’hypertrophie du tissu adipeux car les adipocytes grossissent lorsque l’apport énergétique dépasse les dépenses.
La capacité d’expansion du tissu adipeux est limitée, lorsque le tissu adipeux ne peut plus se développer, l’excès d’acides gras se retrouve dans d’autres organes comme le foie, les muscles, le coeur, favorisant des complications métaboliques. L’accumulation excessive d’adipocytes hypertrophiés attire des cellules immunitaires, aggravant l’inflammation locale et systémique.
La deuxième phase est dite statique. A ce stade le poids atteint un nouvel équilibre et l’obésité devient chronique, avec des modifications du tissu adipeux qui entraînent des changements neuro-hormonaux et métaboliques.
À cette étape, une irréversibilité partielle ou totale peut apparaître entraînant la troisième phase : un phénomène de résistance à l'amaigrissement et des complications liées à l'obésité. Le métabolisme devient plus lent et le tissu adipeux plus résistant à la perte de graisse. Chaque cycle de perte et de reprise de poids accentue cette difficulté, rendant chaque tentative d’amaigrissement plus difficile et augmentant les risques de rechute. Ce phénomène, connu sous le nom d’effet yoyo, fragilise encore davantage l’organisme et contribue à l’aggravation des complications.
L'obésité devient alors une pathologie affectant plusieurs organes, avec l'apparition de complications cardiovasculaires et de l'insulinorésistance, facteur de risque du diabète de type 2.
SOURCES :
8.Brigitte BOUT, l’organisation de la recherche et ses perspectives en matière de prévention et traitement de l’obésité
18.Inserm, Obésité et infertilité, page 11
Enfin, le troisième recours s’adresse aux cas d’obésité dits très complexes avec aggravation par une maladie chronique somatique et/ou psychique exposant à un risque majeur pour la santé.
Il est assuré par un médecin d’une structure spécialisées dans l’obésité (CSO) ou les centres hospitaliers universitaires (CHU).
Les professionnels de santé comme les diététiciens, pharmaciens, infirmiers, psychologues, éducateurs sportifs et kinésithérapeutes sont impliqués dans les 3 niveaux de recours, ils se concertent, se coordonnent et soignent ensemble.
En cas d’échec de la prise en charge médicale bien conduite au bout de 6 à 12 mois, le patient doit être adressé vers le niveau supérieur de prise en charge jusqu’au niveau 3.
SOURCES :
19.reco369_argumentaire_obesite_2e_3e_niveaux_preparation_mel_v4_2
20.synthese._parcours_surpoids obesite_de_ladulte
En 2024, la HAS a établi des recommandations de bonnes pratiques pour améliorer le parcours de soins de l’obésité, fondées sur les 4D : Dépister, Diagnostiquer, Discuter et Décider ensemble.
La première étape commence par le dépistage qui peut se faire à l’officine à l’occasion de plaintes à propos du poids, de demandes d’achats de produits en vente libre, de la délivrance de médicaments ou d’actions deprévention.
Une fois adressé à un médecin, le patient bénéficie d’un diagnostic qui comprend un bilan initial complet, incluant
l’évaluation des comorbidités liées à l’obésité.
Pour optimiser la prise en charge du patient, le médecin évalue la complexité de l’obésité en fonction des
retentissements sur sa santé et de sa qualité de vie afin de déterminer le niveau de prise en charge nécessaire.
Ensuite, un projet de soins personnalisés fera l’objet d’une discussion avec le patient. Pour l’accompagner dans ses
difficultés une éducation thérapeutique pourra également lui être proposée.
Enfin, la décision sera prise avec le patient impliquant la mise en place de modifications de mode de vie, et dans les
cas les plus complexes, une prise en charge pharmacologique ou chirurgicale peut devenir nécessaire.
SOURCES :
6.HAS. Guide du parcours de soins surpoids et obésité chez l’adulte
21.HAS. Infographie surpoids et obésité de l’adulte - parcours de soins personnalisé.
A l’officine, votre rôle est important en termes de prévention et de dépistage de l’obésité afin d’orienter les patients vers une prise en charge adaptée.
Vous assurez également un suivi de proximité pour aider à l’observance des traitements liés aux comorbidités de l’obésité et accompagner les patients déjà pris en charge pour leur obésité.
En pratique au comptoir : vous pouvez ouvrir la discussion à l’occasion de délivrance de médicaments, de bilan de prévention, de demandes d’achats de produits amaigrissants en vente libre, de plaintes liées au poids comme les douleurs musculo-squelettiques, la qualité du sommeil…
Vous pouvez sensibiliser le patient aux risques pour la santé des pratiques de régimes restrictifs et surtout l’orienter vers son médecin traitant.
Pour vous accompagner dans ce rôle, des outils et plateformes sont mis à votre disposition.
SOURCES :
6.HAS. Guide du parcours de soins surpoids et obésité chez l’adulte
22.Fabienne Blanchet. Rôle du pharmacien dans la prévention de l’obésité et l’accompagnement des patients. Bull. Acad. Natle Méd. 2015, 199, nos 8-9, 1291-1302.
Voici plusieurs ressources à votre disposition. En collaboration avec les autorités de santé, le Comité d’Éducation Sanitaire et Sociale de la Pharmacie Française ou Cespharm met à votre disposition une sélection d’outils d’information, d’éducation et de communication. Des sites d’informations accessibles également pour les patients, mais également des guides et brochures élaborés par l’ANSES ou le Programme National Nutrition Santé (PNNS). Un réseau de 37 Centres Spécialisés de l’Obésité (CSO), répartis sur tout le territoire, prend en charge les formes sévères et complexes de l’obésité. Des plateformes comme Obésité-France.com permettent de trouver facilement un professionnel de l’obésité près de chez soi.
SOURCES :
22.Fabienne Blanchet. Rôle du pharmacien dans la prévention de l’obésité et l’accompagnement des patients. Bull.
Acad. Natle Méd. 2015, 199, nos 8-9, 1291-1302.
23.Ministère de la Santé. Les centres spécialisés obésité (CSO).
Pour conclure ce module : l’obésité est une maladie chronique, récidivante et complexe, résultant de l’interaction de
multiples facteurs. Elle est associée à 19 pathologies et nécessite une prise en charge multidisciplinaire.
Votre place est essentielle pour :
- Permettre une prise en charge précoce des patients à risque en les repérant et en les orientant vers un médecin.
- Assurer la bonne dispensation et l’observance des traitements prescrits
Ce module est terminé. Nous espérons qu’il vous a aidé à mieux comprendre l’obésité et comment accompagner les
patients au comptoir.
Retrouvez sur le site Lilly pharmacien d’autres modules sur la prise en charge de l’obésité.
Points abordés dans ce module :
- Pourquoi l’obésité est une maladie
- Les facteurs de risques et complications associées
- L’organisation de la prise en charge en France
- Comment en tant que pharmacien, vous pouvez contribuer à cette prise en charge
